Les émotions dans l’enseignement bouddhiste.

Le bonheur et la souffrance

Le bonheur et la souffrance sont des questions fondamentales de la vie. Tout le monde souffre, que ce soit par amour, pour des questions financières, familiales ou pour diverses frustrations. Les sages de tous les âges ont été confrontés à cette question, qui est l’un des sujets les plus étudiés depuis que le monde est monde, y compris par les religions. Pourquoi, face à une même cause, les gens souffrent-ils de manière différente et avec des intensités différentes ?

Il n’y a pas de réponse définitive. Le bouddhisme apporte cependant une réflexion très différente du modèle de bonheur en vigueur en Occident, où la possession de biens serait proportionnellement équivalente à une vie meilleure. Pour le bouddhisme, le bonheur se construit intérieurement, et non dans les biens matériels et le plaisir.

Douleur et souffrance

Nous ne contrôlons pas à distance le monde, la nature, le corps – les événements qui provoquent la douleur sont à peine contrôlables. Il est probablement inutile d’essayer d’ancrer le bonheur dans des événements extérieurs. Mais la conscience, le miroir à partir duquel nous voyons le monde, est un héritage que personne ne peut nous enlever. C’est là que le bonheur peut être sédimenté et rester.

Plaisir et souffrance dans le bouddhisme

Pour le bouddhisme, le plaisir et le bonheur sont des choses distinctes. Être heureux, c’est porter en soi un « profond sentiment de sérénité et de plénitude, un état qui imprègne et soutient en fait tous les états émotionnels et toutes les joies et peines qui croisent notre chemin », selon les mots du moine français Matthieu Ricard, dans un exposé sur le bonheur présenté sur TED.

Le plaisir, quant à lui, est éphémère, quelque chose qui ne dure pas. La phrase populaire « tout ce qui est en trop rend malade » correspond à la vision du monde de nombreux bouddhistes. Du point de vue bouddhiste, rien n’est plus illusoire que d’associer les possessions à la bonne vie. Nous pouvons être devant le plus beau paysage, mais avec un esprit malheureux. Une autre illusion peut se cacher dans le fait de conditionner le sentiment de bien-être aux conquêtes matérielles. Il se peut que l’état dépressif ne change pas, que l’on rentre du travail dans un bus ou au volant d’une Ferrari.

Le même Ricard note qu’un esprit heureux, détaché des illusions mondaines, peut traverser les hauts et les bas de la vie dans le même état, parce qu’il sait que les événements sont transitoires et n’altèrent pas le patrimoine construit à l’intérieur. Au cours de la vie, les douleurs sont inévitables, contingentes, elles vont et viennent. Le contrôle du monde extérieur est limité. Celui qui se croit capable d’être le scénariste de ce qui l’entoure se trompe.

C’est là qu’intervient le détachement, qui peut être un antidote à la souffrance. Le détachement de ce qui est impermanent sert à nous protéger. C’est une inversion de ce qui est vendu comme le bonheur par les médias. Le détachement est un geste qui consiste à se concentrer sur la construction intérieure, et non sur les biens matériels et les plaisirs éphémères.

Gérer la souffrance

Il n’est pas nécessaire de devenir moine et d’émigrer dans l’Himalaya tibétain pour bénéficier du détachement. L’argent assure le confort, la possibilité de voyager, y compris au Tibet, l’éducation, les médecins, etc. Mais c’est éphémère. Les biens intérieurs ne le font pas. Lors du tsunami de 2011, qui a détruit des villes entières dans l’ouest du Japon, nous avons vu des familles qui avaient perdu leur maison et tous leurs biens matériels absolument sereines dans les gymnases qui servaient d’abri aux survivants. Ce pourrait être un exemple de la façon de gérer la souffrance. La vague est arrivée, elle a tout pris. Le monde intérieur est resté.

La souffrance, dans la perspective bouddhiste, peut être considérée comme une question de choix de chacun. Même les Occidentaux habitués au rythme effréné des grandes villes peuvent exercer le détachement, la désintoxication mentale, le renversement de l’attention du monde extérieur vers l’intérieur.

L’attachement à l’illusoire

Maître Shi Miaoyou, du temple Zu Lai à Cotia (SP), parle de la façon dont un bouddhiste fait face aux questions humaines fondamentales : le bonheur, la souffrance, la douleur, les meilleurs choix de vie et la relation de cause à effet de nos actions.

Le bonheur dans le bouddhisme 

Maître Shi Miaoyou : Le bonheur est une situation dans laquelle les gens sont en parfaite harmonie avec les autres, avec le corps, avec leurs opinions, avec la nature, sans conflits et souffrances du corps physique et des émotions.

Quelles sont les principales erreurs commises par les gens ordinaires dans leur quête d’une vie meilleure ?

Les gens ne comprennent pas la loi de cause à effet. Pour avoir une vie meilleure, les gens doivent planter la bonne graine, en d’autres termes « la cause », de sorte qu’à l’avenir, ils obtiennent de bons résultats. Le plus gros problème dans la vie d’une personne n’est pas qu’elle n’est pas utile, mais qu’elle ne comprend pas « la cause et l’effet ».

Pour le bouddhisme, qu’est-ce que la souffrance ?

La souffrance est un sentiment d’insatisfaction, de mécontentement, d’attachement à l’illusoire. C’est le résultat de nos propres actions mauvaises, physiques ou mentales.

Quelle est la différence, s’il y en a une, entre la douleur et la souffrance ?

La douleur est dans le corps physique, la souffrance est dans l’émotion.

De nos jours, quels sont les principaux facteurs de souffrance ?

La convoitise, la colère et l’ignorance. Par exemple, notre désir (convoitise) n’a pas été satisfait, notre opinion n’a pas été acceptée, alors nous devenons très insatisfaits et en colère (colère). Sous l’emprise de la colère, toute décision prise est dangereuse, mauvaise, et le résultat peut être une  » calamité « , et ainsi de suite.

Quels enseignements du bouddhisme sont utiles à une personne non bouddhiste pour réfléchir à ses propres choix ?

Tout résultat que nous recevons maintenant provient de nos propres choix. C’est l’effet de la cause elle-même, il n’y a donc pas lieu de se plaindre si c’est un effet négatif. Le Bouddha nous a enseigné le concept d’impermanence. Tout change, rien n’est fixe. Le bon peut devenir mauvais et vice versa. Lorsqu’une personne a fait son choix, si elle est satisfaite du résultat positif, alors elle doit le valoriser, car elle ne sait pas quand il deviendra négatif. S’il n’est pas satisfait du résultat, il doit penser comme ceci : ce n’est pas grave, le Bouddha a parlé de l’impermanence, ça va passer.

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