Un temps tombée dans l’oubli, puis redécouverte, puis discréditée, puis de nouveau réhabilitée, la pensée d’Aristote – ancienne de plus de 23 siècles, a connu des hauts et des bas en Occident. C’est que le disciple de Platon, par sa philosophie envisagée dans une version large, fascine par sa hauteur de vue et par ses réflexions qui paraissent intemporelles.

Aristote, une vision de la philosophie qui n’est pas repliée sur elle-même

Même si sa condition de métèque – il était macédonien – ne lui permit jamais d’exercer en politique parmi les citoyens athéniens, la diversité des fonctions occupées par Aristote durant sa vie est représentative, à elle seule, de sa façon large d’envisager la philosophie. Tour à tour élève puis disciple de Platon, fondateur de trois établissements d’enseignement dont le Lycée d’Athènes, ou encore précepteur d’Alexandre le Grand, Aristote n’est pas un philosophe qui appréhende l’exercice de la pensée en vase clos.

De fait, son œuvre englobe toutes les disciplines connues de l’époque : biologie, physique, métaphysique, logique, poétique, politique, rhétorique ou encore économie, toutes font partie intégrante de sa pensée. C’est que, pour Aristote, la philosophie ne saurait se contenter de constituer la recherche du savoir pour lui-même. Selon lui, elle doit nécessairement être une interrogation sur le monde en plus de jouer le rôle d’une méta-science, la science des sciences. C’est ainsi que l’on verra Aristote se nouer d’amitié avec Théophraste, un grand naturaliste de son temps.

Science théorique, science pratique et science productive

À l’opposé de la rationalité froide d’un Descartes, Aristote préconise de se fier aux perceptions de l’homme, comme un préalable à l’étude des phénomènes. Ainsi préconise-t-il l’étude de la philosophie naturelle, comprise comme la métaphysique, qui inclut de fait l’étude des mathématiques et de la physique. On le voit, la nature tient un rôle de premier plan dans l’œuvre d’Aristote, car contenant en elle-même les caractéristiques de mouvement et les principes de la matière.

De la même manière, dans la pensée aristotélicienne, la science productive est un domaine qui comprend l’étude des activités liées à la production et à la technique. Ainsi, tout ce qui est façonné par l’homme, de l’agriculture à la rhétorique, en passant par la poésie, devient un sujet d’étude philosophique. Enfin, la fameuse praxis, la philosophie orientée vers l’action, entre en résonance avec les activités politiques et l’éthique, que toute sa vie il n’aura pu exercer en raison de sa citoyenneté macédonienne.

Résonance de la pensée aristotélicienne dans le monde moderne

Dans une époque actuelle marquée par un phénomène d’hyper-spécialisation des savoirs, la largesse de pensée d’Aristote en fait un philosophe à dimension globale. Néanmoins, son utilisation de la logique au cœur de la pensée, le retour à la nature qui est prôné à travers son œuvre et la prééminence de la question de l’éthique dans son travail en font un philosophe éminemment moderne. Ainsi, près de 2300 ans après sa mort, l’œuvre d’Aristote continue à influencer la pensée de notre monde.