Aux côtés des Kant, Hegel et autre Goethe, Arthur Schopenhauer figure en bonne place au panthéon des grands penseurs allemands. Convaincu de pouvoir apporter une solution aux problèmes de l’existence, sa pensée mêlée d’orientalisme, de philosophie antique et des réflexions de ses maîtres à penser allemands a fait de Schopenhauer un mondialiste de la philosophie avant l’heure.

La relation de Schopenhauer aux autres grands philosophes allemands

Même s’il a tiré de ses nombreux voyages effectués en Europe (France, Angleterre, Italie, Suisse, Autriche) de multiples inspirations, Schopenhauer a fortement été influencé par les pères de la philosophie allemande, qu’il a étroitement étudiés voire fréquentés durant sa formation initiale. Dans une Allemagne du début du XIXe siècle toute absorbée par les thèses développées par Hegel, Schopenhauer s’inscrira à travers ses écrits en porte-à-faux avec ce dernier. Il refusera en effet de voir en la raison le substitut d’un Dieu, toute conception divine étant pour lui incompatible avec ce qui fait l’essence du monde.

À l’inverse, il se revendique de la filiation d’Emmanuel Kant, et critique vivement ceux qui se définissent en tant que post-kantiens. Fichte, pour qui il avait initialement éprouvé une forme d’admiration, et Schelling sont les principales victimes de ses tribunes, eux qu’il accuse de ne pas comprendre l’œuvre de Kant. En outre, il dit préférer la première version de la Critique de la raison pure, voyant dans les corrections éditées ultérieurement l’apparition d’une forme de théisme qu’il réprouve par ailleurs. Ainsi, Schopenhauer est bien au cœur des débats philosophiques qui traversent l’Allemagne à son époque.

Philosophie antique et traditions orientalistes, les influences exotiques du travail de Schopenhauer

Très tôt, dès sa formation initiale, Arthur Schopenhauer se passionne pour l’étude des écrits de Platon. Sa théorie sur le principe d’individuation, toujours associée au principe de raison suffisante chez Schopenhauer, s’inscrit en effet dans la continuité de la pensée de Platon mais aussi d’Aristote, notamment du point de vue de l’engagement de la forme dans la matière.

Enfin, l’une des originalités saisissantes de la pensée de Schopenhauer est l’influence que purent avoir les philosophies hindouiste et bouddhiste sur ses théories. Étant parfois défini de nos jours comme un philosophe bouddhiste, il aura lui-même déclaré de son vivant : « Bouddha, Eckhart et moi-même, nous enseignons pour l’essentiel la même chose ». De ce point de vue, l’étude des Upanishads réalisée dans sa jeunesse sous la houlette de l’orientaliste Friedrich Majer aura été déterminante. Ainsi le concept d’infinité du temps exprimé par Schopenhauer dans son Monde comme Volonté et comme Représentation peut être interprété comme un écho à la pensée bouddhiste, bien qu’il rejette l’idée du cycle des réincarnations.

Au final, dans un XIXe siècle marqué par la curiosité des penseurs envers les textes orientaux qui font irruption en Europe, la pensée de Schopenhauer opère une forme de synthèse entre l’école platonicienne, kantienne et la pensée bouddhiste, ce qui fait de lui une sorte de mondialiste avant l’heure.