L’inquiétude du philosophe

Hegel est né avec le Sturm und Drang, romantisme et révolution caractérisent le contexte politique, social et économique des premières années de sa vie. Un nouveau monde porté par la poésie est en gestation. Le jeune Hegel, précepteur à Berne dans une famille d’oligarques, critique son temps : le patriarcat, le monopole de classe. Alors que l’époque est mouvementée, tiraillée entre espoirs et craintes, Hegel interroge la situation spirituelle de l’Allemagne. Témoin de l’inquiétude et de l’agitation, il craint de ne pouvoir s’identifier au monde.

Il critique l’Allemagne et son histoire, son manque de cohésion, l’esprit petit-bourgeois ; il dénonce avec force radicalisme le Capitalisme. S’unir avec son époque est malgré tout l’un de ses grands buts et, influencé par Machiavel, il porte un regard philosophique sur la révolution industrielle. Il redéfinit l’action du philosophe : trouver le « Royaume de l’Esprit » dans ce monde en crise. Il est déçu par la Nature seule, incapable de supprimer le négatif et de pousser vers la Vie; selon lui, c’est la Raison qui reconnaît que le monde se renouvelle sans cesse et pourtant se conserve. En empruntant ce chemin, il réconcilie Nature et Esprit et arrive à reformer un Tout en poussant toutes les contradictions à leur paroxysme. Il théorise l’Histoire, les sciences humaines et interroge la logique ontologique.

La réconciliation des contradictions

Son système prend forme : Logique, Philosophie de la Nature et Philosophie de l’Esprit ; tout ce qui était fragmenté trouve naturellement sa place dans la Totalité. Il retrouve l’Unité comme principe de la Vie : les différences font l’Unité. Le dualisme dans la relation à Dieu, issu des Lumières, est surmonté grâce à l’amour de l’Unité. C’est l’entendement qui par la réflexion chosifie et sépare chaque élément mais, grâce à l’amour, la contradiction de l’individuation et de la chosification disparaît. L’unité apparaît riche des différences dont elle émane. Les antinomies classiques ne sont plus insurmontables, la vie est en mouvement, incessamment divisée et pourtant fluide et unie.

C’est la dialectique qui affleure ; la Raison supprime les oppositions. La tâche de la philosophie est bien là : unifier les opposés et saisir leur synthèse comme un devenir. Il n’y a plus d’exclusion définitive des concepts les uns aux autres. L’un est toujours dans l’autre, dans une perpétuelle inquiétude. En acceptant la contradiction au cœur du mouvement, on comprend le mouvement même. Toute vie n’est vivante que pour autant qu’elle rencontre une contradiction qui la fera renaître différente et pourtant toujours elle-même. Tout rapport à soi est d’abord un rapport négatif qui entraîne naturellement un dépassement de cette contradiction. Hegel a trouvé la tâche du philosophe : comprendre le Vrai comme le Tout.